Djenné, l’espoir d’une renaissance
Malgré les défis sécuritaires à relever, les habitants de Djenné croient à un lendemain meilleur. Ils aspirent à la paix, extériorisent la joie de vivre chaque instant. Ces hommes et femmes ne doutent pas une seconde d’accueillir l’inconnu avec des bras ouverts. Si vous pensez aventure, n’hésitez pas à visiter Djenné.
Rédaction mai 2024
Djenné est une ville située au cœur du Mali, un peu plus 120 kilomètres de Mopti, surnommée la Venise malienne. Djenné connue pour son architecture unique, notamment sa grande mosquée, la plus grande construction en terre cuite au monde. Cette ville riche en culture subit aujourd’hui, l’impact de l’insécurité. Cependant, dans cette localité qui attirait tant de visiteurs, les habitants ne désespèrent pas.
Cette cité, appelée affectueusement la jumelle de Tombouctou se démarque par ses constructions en banco, ses rues étroites et sa riche culture. Elle est habitée par des Sonrhaïs, Peuls, Bambaras, Bozos entre autres. Cette diversité ethnique et culturelle, cumulée à ses mystères, faisait de Djenné l’une des destinations touristiques les plus prisées du pays. Ce qui profitait à l’économie locale et régionale. Hélas, la situation sécuritaire a presque fermé la porte aux visiteurs.
En effet, depuis plus d’une décennie, le Mali connaît une situation inédite. Toutes les grandes villes du nord et du centre sont victimes d’attaques d’hommes armés non identifiés. Cette situation sécuritaire touche également des villes situées au sud. En un mot, le Mali fait face à une crise multidimensionnelle, qui touche tous les secteurs du pays. Djenné étant une ville du centre, n’est pas épargnée par les impacts négatifs de cette situation.
Les guides touristiques se font guider
Dans la ville, les guides ne sont plus visibles. Selon leurs anciennes connaissances, ils se sont reconvertis en maçons, pêcheurs, forains et commerçants. Justement, nous avons fait un tour au marché de Djenné, survolé par l’immense mosquée classée au patrimoine culturel de l’UNESCO en 1988. Sous un hangar en paille, nous retrouvons Mahamadou Tiokari, guide touristique national. Ce dernier n’a pas caché sa frustration. « Je passe la journée sous ces arbres ici, quand je ne suis pas au champ. Car aujourd’hui, je suis cultivateur. Certains d’entre nous ont presque perdu la tête, tellement la situation est délicate », déplore-t-il.
Monsieur Tiokari affirme que la plupart des guides n’ont eu d’autre choix que la reconversion. Ils ont été guidés vers des métiers différents et aidés pour faire vivre leur famille. Il se souvient de ses derniers moments avec les touristes étrangers.
« J’étais à Bamako et nous avions fini de préparer un voyage à Djénné avec des touristes. C’était en 2009 et nous avons été informés par un appel téléphonique qu’il y avait eu des enlèvements au Burkina. Depuis ce jour, rien n’est plus comme avant », regrette notre interlocuteur. Malgré cet état des lieux, il continue tout de même à croiser les doigts et espère une résolution rapide. Le guide lance aussi un appel aux autorités, pour redonner vie à ce secteur qui apporte énormément à l’économie de Djenné et à celle de la région de Mopti.
« Certes, l’insécurité n’aide pas, mais ici c’est chez nous. Nous y vivons depuis toujours, et il fait toujours bon vivre à Djenné » conclut le guide.
Des hôtels en ruines et l’artisanat silencieux
Le tourisme va de pair avec l’hôtellerie. Mais pas seulement, notre détour à la maison des artisans nous donne un autre aperçu de la situation. Sur place, le silence et la poussière règnent en maître. Pas de feu de chauffe allumé pour la transformation de l’or, de l’argent, du bronze ou du fer en bijoux. A cela, s’ajoutent les boutiques qui sont presque toutes fermées.
Dans cet immense édifice, nous n’avons rencontré que deux artisans. Des amis visiblement nostalgiques du bon vieux temps. L’un d’eux, Alpha Sidiki Touré est maître bijoutier. Selon lui depuis 2012 « c’est toute la ville de Djenné qui est en faillite ». Il ajoute que leurs œuvres d’art et bijoux ne s’écoulent plus. Des témoignages qui accentuent la tristesse sur le visage de l’autre vieil artisan juste couché sur une natte à côté.
À quelques mètres de la maison des artisans, ce sont des murs tombés, des chambres poussiéreuses, une cour délabrée. Et oui, il s’agit du Campement hôtel, un des espaces qui accueillait des touristes venus d’un peu partout. Pour son promoteur, rien à dire, l’impact de la crise sécuritaire est sans précédent. Abdrahamane Dembélé affirme qu’entretenir les constructions en banco est très coûteux.
« Les entreprises sont en faillite ici, et vous le voyez. Le tourisme apportait entre 30 et 40 millions (FCFA) de taxes par an à la mairie. Sans oublier que les touristes accompagnaient des initiatives de la municipalité », a témoigné monsieur Dembélé. Il souligne par ailleurs que l’espoir est permis. « Des possibilités existent pour redonner vie au tourisme à Djenné en particulier et au Mali en général. »
Le tourisme local, un rempart de résistance
L’impact de la crise n’est plus à démontrer et les défis ne manquent pas. La mission culturelle de Djenné en est consciente. Moussa Moriba Diakité est le chef de l’entité. Pour lui, redonner vie au tourisme passe par la valorisation interne des richesses culturelles du Mali.
« Il faut que les Maliens mettent en valeur cette immense culture que nous avons. De la première à la dernière région, le Mali regorge de choses à découvrir et à connaître. La population malienne doit visiter ces sites et apprendre des vécus historiques de différents endroits », a encouragé le chef de la mission culturelle. Il nourrit de l’espoir pour le secteur de la culture, qu’il juge indispensable au développement d’un pays.
Malgré les défis sécuritaires à relever, les habitants de Djenné croient à un lendemain meilleur. Ils aspirent à la paix, extériorisent la joie de vivre chaque instant. Ces hommes et femmes ne doutent pas une seconde d’accueillir l’inconnu avec des bras ouverts. Si vous pensez aventure, n’hésitez pas à visiter Djenné, pour ses sites touristiques, sa diversité linguistique, culturelle et culinaire. Ainsi que pour l’hospitalité légendaire de ses habitants. Avant de quitter cette cité mystérieuse, assurez-vous d’avoir goûté à son mafé au poisson frais et à son djimintta succulent dont ses dames ont le secret.