Le Mali adopte sa boussole pour la paix
Le président de la transition récevant le document des mains du président de la commission. Image : Présidence de la république.
Le 22 juillet 2025 marque une nouvelle étape dans la quête de stabilité au Mali. Ce jour, la Commission de rédaction a officiellement remis au président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, le document final de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Fruit de plusieurs mois de consultations et de réflexions, cette charte incarne l’ambition d’un Mali réconcilié avec lui-même, tourné vers l’avenir.
La commission, présidée par Ousmane Issoufi Maïga, ancien Premier ministre, a coordonné un vaste travail d’élaboration. Le travail de près d’une année a été soumis à l’appréciation des forces vives de la nation, des autorités coutumières et religieuses, des organisations de la société civile, ainsi que des institutions de la République.
Une démarche qui, selon ses concepteurs, vise à ancrer la paix dans une approche purement malienne et endogène. Rompant avec les mécanismes externes perçus comme « imposés » selon les autorités de la transition.
Un contenu symbolique
La charte comprend un préambule, 16 titres, 39 chapitres et 106 articles. Elle repose sur des valeurs fondatrices de la société malienne telles que la parenté et le cousinage à plaisanterie, le pardon, la solidarité, l’hospitalité et le patriotisme. Le texte aborde également les enjeux cruciaux de justice, de bonne gouvernance, de sécurité, de cohésion sociale, et du développement économique.
Selon Ousmane Issoufi Maïga, cette charte est bien plus qu’un simple texte : « Elle regroupe les fondements du développement économique, social et culturel d’un Mali en paix. »
Le texte ambitionne de favoriser l’éveil des consciences, mais aussi la réconciliation entre les différentes composantes de la société malienne, après plus d’une décennie de conflits multiformes. Le gouvernement a d’ailleurs validé le document en Conseil des ministres le 30 juillet 2025, soulignant son importance stratégique.
Quelle portée et quels défis ?
Si le contenu est salué pour sa profondeur et son ancrage culturel, plusieurs observateurs soulignent que le véritable défi résidera dans la mise en œuvre. Pour garantir son efficacité, des mécanismes de suivi sont envisagés, notamment la création d’un Haut Conseil pour la Paix et la Réconciliation rattaché à la présidence, ainsi qu’une campagne de vulgarisation nationale.
Cependant, certains analystes rappellent que la réussite de la charte dépendra aussi de la volonté politique, de la mobilisation des ressources nécessaires et de l’inclusivité du processus. Car, bien que largement participative, certaines voix de la classe politique (tous les partis politiques sont actuellement dissouts au Mali Ndlr) ont décliné leur participation au dialogue inter-Maliens ayant abouti à cette charte.
Un appel à l’appropriation citoyenne
Plus qu’un texte institutionnel, la charte se veut un outil de refondation sociale et un appel à la responsabilité collective. Elle invite chaque Malien à prendre part activement à la construction de la paix durable et à tourner la page des divisions. Un pari ambitieux, mais nécessaire pour un pays qui aspire à retrouver sa stabilité, son unité et sa souveraineté.
Enfin, il convient de souligner que la Charte pour la paix et la réconciliation nationale est à la fois un acte symbolique fort et un cadre stratégique pour la refondation du Mali. De la parole à l’écrit, le pays trace ainsi, avec lucidité et espoir, sa propre voie vers une paix durable.